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Chinois de Paris : contre l’insécurité et le racisme, jusqu’où ira la colère ?

Rarement la communauté chinoise de Paris s’était autant mobilisée. Dans les rues de Paris ce dimanche 4 septembre, des dizaines de milliers de manifestants ont exprimé leur ras-le-bol de la violence et des clichés racistes, réclamant leur droit à la sécurité et à la fraternité dans la société française. Si la mobilisation n’est pas nouvelle, elle a pris une nouvelle ampleur après le décès de Zhang Chaolin suite à un vol avec agression par un groupe d’adolescents.
Aujourd’hui, la communauté chinoise se partage entre les anciennes générations qui veulent une répression plus affirmée contre l’insécurité, et les jeunes qui aspirent à plus de reconnaissance via la médiation sociale dans les quartiers. C’est dans cette direction qu’il faut aller selon Richard Béraha, enseignant à Sciences Po.

Contexte

« Qui sera le prochain ? », « Zhang Chaolin est mort pour rien ». Voilà entre autres ce qui se lisait sur les banderoles des manifestants à Paris le dimanche 4 septembre, entre la place de la République et celle de la Nation. En cette journée pluvieuse, ils étaient des milliers – 15 500 selon la police, 50 000 selon les associations chinoises – à battre le pavé sous le slogan « Liberté, égalité, fraternité, sécurité. » Le 12 août, Zhang Chaolin, un couturier d’origine chinoise de 49 ans, décédait à l’hôpital des suites de ses blessures, victime, quelques jours plus tôt, d’un vol avec agression à Aubervilliers. Une attaque qui n’a rien d’isolé dans cette commune de Seine-Saint-Denis, dont près de 5 % des 80 000 habitants sont chinois ou originaires de Chine.
Entre janvier et août 2016, ces derniers y ont déposé 105 plaintes pour vols avec violence, soit trois fois plus que l’année précédente à la même période. Des brutalités qui concernent d’autres communes du 93 : dans le cortège, Liwei, une jeune esthéticienne résidant à la Courneuve, a déjà été victime de trois agressions : « Depuis un mois, je n’ose plus aller travailler », confie-t-elle. Stéphane, un psychologue français d’origine congolaise, est l’un des rares non asiatiques à avoir fait le déplacement : « J’habite à Pantin où j’ai été témoin d’une agression qui m’a choqué, confie-t-il. Je suis venu exprimer ma solidarité. »
Les politiques, eux, étaient représentés par Valérie Pécresse, présidente Les Républicains du conseil régional d’Ile-de-France, Bruno Julliard, premier adjoint à la maire de Paris, Stéphane Troussel, le président PS du Conseil général de Seine-Saint-Denis, mais aussi des maires d’arrondissement, des députés, des porte-paroles de parti et secrétaires de section. « C’est normal, les élections approchent, mais nous dénonçons toutes les récupérations politiques, avertit Tamara Liu, présidente de l’association Chinois de France, Français de Chine. Jusqu’à présent, personne n’a porté notre indignation au sujet des violences dont sont victimes les Asiatiques. Ce drame dure depuis trop longtemps. »

Entretien

Richard Béraha est enseignant à Sciences Po et ancien président de Hui Ji, une association fondée en 2003 suite au mouvement de sans-papiers chinois. En sept ans, l’association, depuis fermée, a soutenue plus de 5 000 familles par des conseils juridiques et des cours de français. En parallèle, Richard Béraha a coordonné pendant une dizaine d’années un groupe de recherche multiculturel et pluridisciplinaire sur la diaspora issue de la région de Wenzhou, une ville au sud de Shanghai dont sont originaires environ 70 % des ressortissants de la République populaire de Chine qui vivent dans l’Hexagone. Une recherche menée en partenariat avec le Cadis, laboratoire de sociologie de l’Ecole des Hautes Etudes en Sciences Sociales et l’université normale du Zhejiang, qui a abouti en 2012 à la publication d’un livre, La Chine à Paris, publié chez Robert Laffont. En amont de la manifestation, il a répondu aux questions de Pauline Bandelier.
Richard Béraha est enseignant à Sciences Po.
Richard Béraha est enseignant à Sciences Po. (Crédit : DR)
C’est la 4ème manifestation depuis l’agression de Zhang Chaolin, de la part d’une communauté plutôt réputée pour sa discrétion. Y a-t-il eu des précédents ?
Il est important de rappeler d’abord que la migration des Wenzhou, qui sont les plus concernés par ces agressions, a commencé dans les années 1980, donc nous en sommes seulement à la deuxième génération. La première était composée de paysans analphabètes, qui avaient vécu la Révolution culturelle et sont venus en France réaliser leur rêve de libre entreprise. Ils se sont installés dans les quartiers d’Arts et Métiers, de Belleville, puis plus récemment dans les banlieues du nord-est et de l’est de Paris. Ces manifestations sont positives, elles sont le signe d’une intégration de ces migrants au sein de la société française.  Lire la suite sur: https://asialyst.com/fr/2016/09/06/chinois-de-paris-contre-l-insecurite-et-le-racisme-jusqu-ou-ira-la-colere
6 septembre 2016

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